Howard Phillips Lovecraft

Écrivain Horreur/Fantastique américain
(20 août 1890 – 15 mars 1937)

Certains écrivains ont une vie mouvementée. Pour ce qui est de Lovecraft, c’est plutôt une combinaison d’une vie morne et rythmée par les dépressions reposant sur des bases peu stables. 
Né à Providence, dans l’Etat du Rhod Island, il est fils unique. Son père est vendeur ambulant, ce qui fait qu’il ne le voit guère. Lorsqu’il eut trois ans, son père fut atteint de démence et fut interné dans un hôpital où il restera jusqu’à sa mort en 1898, probablement des suite d’une syphilis. Il sera donc élevé par sa mère, ses deux tantes qui sont des vieilles filles (pour l’époque, rappelons-le) et son grand-père maternel, Whipple Phillips. Ce dernier le plonge très tôt dans la littérature mythologique et le jeune garçon grandit au milieu de récits tel que les Mille et Une nuits, l’Illiade et l’Odyssée. Très vite, il se révèle particulièrement doué et précoce en ce qui concerne l’écriture, et il aurait écrit sa première histoire à l’âge de 5 ans.Cependant, le jeune garçon souffre d’un état général assez faible : il est si souvent malade qu’il n’entre à l’école qu’à l’âge de huit ans, avant d’en être retiré rapidement. Il reste donc dans son cocon, entouré de lectures mythologiques, scientifiques et astronomiques, pour lesquelles il se passionne vite, toujours sous l’attention de son grand-père qui ne manque pas de l’encourager dans l’exploration de la littérature gothique. Quand ce dernier meurt, le jeune Howard se retrouve comme abandonné.
Il grandit ainsi, atteint de terreurs nocturnes et de dépressions nerveuses, qu’un déménagement forcé car sa famille se retrouve sans le sou n’arrangera pas. Il ne pourra terminer ses études et passera se vie dans une relative misère, vivotant de petits travaux, d’écriture notamment. Il rejoint la United Amateur Press Association  en 1914, où il trouvera enfin un cercle d’amis le soutenant dans son écriture, même si ces derniers n’arriveront jamais à le convaincre de son talent. Il deviendra d’ailleurs assez vite une sorte de mentor pour certains, tels que Clark Ashton Smith et Robert E. Howard, pour ne citer qu’eux. C’est à cette époque que sa mère, dont il est resté très proche malgré son hospitalisation, décède, achevant de le fragiliser complètement. 
Il se maria peu de temps après avec Sonia Green et le couple ira vivre à New York. Pour beaucoup, ce déménagement sera l’un des tournants majeurs de la vie de l’écrivain. Tout d’abord émerveillé par cette ville scintillante et fourmillante de vie, il sombrera petit à petit dans le dégoût et la répulsion au fur et à mesure que les ennuis s’accumulent. Elle perd son commerce et lui n’arrive pas à trouver d’emploi stable. La ville étant particulièrement riche d’immigration à l’époque, beaucoup pense que c’est tout cela qui l’a rendu amer et raciste au fil du temps (sans compter son éducation WASP, époque oblige). Après son divorce, il retournera vivre à Providence jusqu’à sa mort, regrettant de n’avoir pas pu voyager autant qu’il l’avait souhaité, pour aller voir la vieille Angleterre, notamment.Il décédera des suite d’un cancer de l’intestin, aggravé par la malnutrition, qui le fera souffrir le martyre. Cependant, les témoignages rapporteront qu’il restera digne jusqu’au bout.Sur sa tombe est inscrit « I am Providence ». 
Un homme au destin plutôt tragique, donc, et dont les souffrances auront profondément marqué son écriture.La peur sera le moteur principal de ses récits : peur de l’inconnu, peur de ce qui se tapie dans l’ombre, peur de l’autre, peur des étrangers… L’un des reproches principaux fait à cet écrivain est bien sûr son racisme, qui se retrouve parfois de façon flagrante, surtout dans deux de ses récits ( Horreur à Red Hook et La rue ). Cependant, si on est naturellement enclin à condamner ce genre de pensée, il faudra garder à l’esprit le contexte : l’époque, l’éducation et la suite malheureuse d’événements qui l’ont l’ont conduit à avoir une telle attitude. ATTENTION, je ne défend pas l’idée que le racisme soit excusable, simplement qu’au lieu de tout rejeter en bloc, il faut prendre le temps d’essayer de comprendre.En dehors de ces deux nouvelles cité plus haut, le reste de sa bibliographie est certes teintée par la peur de l’autre, mais elle n’est certainement pas ouvertement raciste comme certains se plaisent à le dire.
Parmi les thèmes souvent présents dans ses récits, on retrouve la nostalgie. Celle d’un temps ancien, de cité jeunes et belles, d’un monde qui ne soit pas corrompu… Ayant été bercé au milieux de récits mythologiques, il est normal qu’il en soit venu à l’adoration de ce temps passé, où les Dieux païens foulaient la terre des hommes. Le rêve est également très présent, notamment comme un monde à part entière, aussi terrible et dangereux que beau et merveilleux. Pour finir, on ne peut parler de Lovecraft sans évoquer sa terrible démonologie de Dieux anciens et malveillants, les Autres Dieux, comme il les appelle parfois. Dagon, Yog-Sothoth, Shub Niggurath, Azathoth, Nyarlatothep et tant d’autres. En bien sûr, ce cher Cthulhu. Si vous vous souvenez de mon billet précédent sur l’auteur, je vous disais d’oublier bien vite ce nom, qui au final n’est que très peu présent dans les récits du maître. On doit sa popularité à August Derleth, qui, à la mort de Lovecraft, travailla sans relâche pour faire connaître les œuvres de son ami, tout en les dénaturant malheureusement.
Un petit mot également sur le fameux Nécronomicon, le livre démoniaque écrit par l’arabe fou Abdul Al Hazred. Ce livre fictif sert assez régulièrement à l’auteur, afin d’enrichir son histoire en éléments mystiques et inquiétants qui auraient une patine de vérité. Il y fait plusieurs références, parfois cachées, et n’en dévoile jamais beaucoup afin de garder le mystère. Il a si bien réussi son coup, qu’encore aujourd’hui certaines personnes sont persuadée de la véracité de son existence et harcèlent certaines bibliothèques afin d’avoir droit de le lire.
Donc, pour résumer, pourquoi lire Lovecraft ?Imaginez qu’il y a des milliers d’années, la Terre ait été colonisée par des êtres venu d’au-delà de l’espace, fuyant la fin de leur monde et s’incarnant dans le corps de créatures étranges qui commençaient à émerger sur notre petite boule de boue. Imaginez que ces êtres aient conçu de redoutables créatures changeformes pour leur servir d’esclaves afin d’ériger des cités cyclopéennes, et que ces dernières se soient révoltées contre leurs maîtres, les faisant disparaître à jamais, avant de se tapir dans les profondeurs des cavernes arctiques en attendant leur heure.Imaginez qu’il existe, sur Terre, des endroits qui servent de point de passage entre notre réalité et les contrées du rêves, où vous pourriez vous perdre parmi les cités fleurissantes de marbre et de béryl, et où certains chantent jour et nuit la beauté du monde.Imaginez qu’avec une technologie suffisamment pointue, vous pourriez déchirer le voile de la réalité afin de projeter votre esprit entre les dimensions, pour pouvoir observer l’inobservable, découvrir des mondes aussi beaux que terrifiants, tout en prenant garde à Azathoth, le sultan des démons, qui trône au centre du chaos en étant abrutis par le son strident de flûtes qui jouent en son honneur.Imaginez que l’horreur est bien plus près qu’il n’y paraisse, et que dans nos océans sommeillent des cités gigantesques, où des entités quasi divines passent des accords avec les hommes, leur offrant richesse et abondance en échange du sang de leur lignée…
La richesse de l’univers de Lovecraft est immense. Je ne saurais vous la résumé. Cet auteur a certes des défauts. Des défauts liés à son époque surtout. Mais personne n’oserait nier tout ce qu’il a apporté à la culture de l’imaginaire. Lisez Lovecraft, et alors seulement, vous pourrez avoir une idée du petit frisson que l’on ressent lorsque, la nuit, on tente de se représenter toute l’horreur et la beauté qui ont hanté son pauvre esprit malmené par la vie.

– Le Monstre dans la caverne (The Beast in the Cave, 1905)- Dagon (Dagon, 1917) *
– La Tombe (The Tomb, 1917)
– Le Témoignage de Randolph Carter (en) (The Statement of Randolph Carter, 1919)
– Par-delà le mur du sommeil (Beyond the Wall of Sleep, 1919)
– Le Temple (The Temple, 1920)
– Nyarlathotep (Nyarlathotep, 1920)
– De l’au-delà (From Beyond, 1920)
– La Cité sans nom (The Nameless City, 1921)
– La Musique d’Erich Zann (The Music of Erich Zann, 1921)
– Azathoth (Azathoth, 1922)- Le Molosse (The Hound, 1922)
– Herbert West, réanimateur (Herbert West: Reanimator, 1922)
– La Peur qui rôde (The Lurking Fear, 1923)
– L’Indicible (The Unnamable, 1923)
– Les Rats dans les murs (The Rats in the Walls, 1923)
– La Maison maudite (The Shunned House, 1924)
– Le Festival (The Festival, 1925)
– L’Horreur de Red Hook (The Horror at Red Hook, 1925)
– La Clé d’argent (The Silver Key, 1926)
– Je suis d’ailleurs (The Outsider, 1926)
– L’Appel de Cthulhu (The Call of Cthulhu, 1926)
– Le Modèle de Pickman (Pickman’s Model, 1926)
– Histoire du Necronomicon (History of Necronomicon, 1927)
– La Couleur tombée du ciel (The Colour out of Space, 1927) *
– La Quête onirique de Kadath l’inconnue (The Dream Quest of Unknow Kadath, 1927)
– L’Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror, 1928)
– L’Affaire Charles Dexter Ward (The Case of Charles Dexter Ward, 1928)
– Celui qui chuchotait dans les ténèbres (The Whisperer in Darkness, 1930) *
– Les Montagnes hallucinées (At the Mountains of Madness, 1931) *
– Le Cauchemar d’Innsmouth (The Shadow over Innsmouth, 1931) *
– La Maison de la sorcière (The Dreams in the Witch-House, 1932) *
– Le Livre (The Book, 1933)
– À travers les portes de la clé d’argent (Through the Gates of the Silver Key, 1933)
– Le Monstre sur le seuil (The Thing on the Doorstep, 1933) *
– Celui qui hantait les ténèbres (The Haunter of the Dark, 1935) 
– Dans l’abîme du temps (The Shadow out of Time, 1935) * 

           
 Les nouvelles suivie d’un astérisque sont mes préférées et celles que je vous conseille de lire en premier. De manière générale, je ne vous conseille pas les films adaptés des œuvres de Lovecraft. J’en ai vu pas mal et je les ai presque tous trouvé très mauvais. Cependant, je vous en conseille tout de même deux : 

Dagon de Stuart Gordon (2001), qui est une adaptation de la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth et qui hormis quelques scènes gores respecte assez bien l’univers de base.
Dagon de Stuart Gordon (2001), qui est une adaptation de la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth et qui hormis quelques scènes gores respecte assez bien l’univers de base.

Franchement, toutes les autres adaptations que j’ai pu voir oscillent entre le « pas terrible » et le « oh mon dieu brûle-moi ce dvd tout de suite !!! »

Je vous conseille également ces trois récit audio, trouvé sur Youtube et faits pas France Culture :

La couleur tombée du ciel
Chuchotements dans la nuit
La chose sur le seuil

Et pour finir, pour aller plus loin, je vous donne quelques livres et un documentaire sur la vie et l’oeuvre de Lovecraft qui sont très bien fait. Je n’ai fait qu’effleurer le sujet, tant il y a à dire sur ce grand écrivain :

Voilà, j’espère sincèrement que j’aurais réussi à vous donnez envie de lire cet auteur si cher à mon cœur. Ne vous laissez pas influencer par ceux qui appellent à « brûler Lovecraft » à cause de sa mentalité, ne vous laissez pas submergés par le raz de marée écœurant de Cthulhu à toutes les sauces qu’on n’arrête pas de nous balancer au visage. Faite-vous votre propre avis.
Lisez Lovecraft, et alors, vous saurez. 

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