La cuisine de l’écriture

Auteur préparant son prochain roman

Vous avez réussi, vous l’avez fait : me forcer à prendre ma plume mon clavier pour parler de conseils d’écriture.

Oui je sais, Khalysta qui donne des conseils d’écriture, c’est un peu comme voir venir la première plaie d’Égypte : ça n’augure rien de bon et ça veut dire que le monde a chié dans la colle pour en arriver là.

Ne vous attendez pas à trouver ici une masterclass « Comment développer votre scénario en 10 points », certaines font ça bien mieux que moi et pour être honnête, je n’aime pas (à titre personnel) suivre ce genre de conseil. Mais ce matin, il y a eu cette petite phrase qui m’a fait recracher ma chicorée par le nez :

« […] il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose à dire pour écrire […] »

Cette affirmation est tirée d’un article Slate, sobrement intitulé « Comment écrire un roman quand on n’a pas d’histoire à raconter ? », écrit par un certain Dider Ernotte, scénariste, qui se vante « d’aider ceux qui ont le courage de devenir auteur de leurs œuvre ». C’est beau, Didier, c’est admirable de vouloir aider ainsi ceux qui recherchent des conseils, vraiment. Mais ce que vous dites là, c’est vraiment le PIRE conseil que vous pourriez donner à un·e aspirant·e écrivain·e. Et je pèse mes mots : le pire.

Dans son très bref article, Didier nous assure que parfois  seul le style peut suffire, « comme une caresse littéraire ». Ou encore que, je cite : « Prenons par exemple la poésie, des vers qui sans raconter véritablement une histoire, sans donner une opinion sur le monde et ses mystère, peuvent en tout cas donner de l’émotion sur des choses insignifiantes… ». Dire que la poésie est futile et apolitique, c’est vraiment ne rien connaître à la poésie. Baudelaire apprécierait.

Baudelaire qui fait la gueule parce que Didier ne comprends rien à la poésie

Mais bref, Didier se vautre ici dans une des idées reçues les plus tenace : tout le monde peut écrire un roman, c’est facile.

Alors, nuançons, voulez-vous. Oui, tout le monde peut, s’iel s’en donne les moyens, écrire un roman. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait de longues études, d’être fille ou fils de bourgeois ou d’avoir lu « Le voyage du héros » pour écrire un roman. Beaucoup se lance en autodidacte (et j’en fais partie).

MAIS.

Ce n’est pas parce que vous savez comment on fait cuire des pâtes que vous saurez confectionner un dîner royal à 18 plats nécessitant chacun une cuisson particulière. Et pour reprendre son postulat de départ : si vous n’avez pas de nourriture sous la main, vous ne pourrez pas cuisiner. Vous aurez beau avoir la meilleure vaisselle et la meilleure présentation de table qui soit,  s’il n’y a rien dans l’assiette, on reste sur sa faim.

Non, le style ne peut pas faire tout un livre s’il n’y a rien à raconter derrière. Non, on ne peut pas faire un roman en racontant « presque tout sur presque rien » comme il le dit. Et si vous trouverez quelques personnes capables de le faire, considérez-les comme des exceptions.

Mais vraiment, arrêter de croire qu’écrire un roman, une nouvelle, un poème, est aussi facile que de prendre un stylo pour gribouiller avec style. Non.

J’en viens donc à mes fameux conseils.

* Vous voulez vous lancer dans l’écriture ? 

Alors posez-vous cette question : Pourquoi ?

Si la réponse n’est pas « pour écrire une histoire » alors ne le faites pas et essayer de réfléchir sur vos motivation.

* Vous voulez écrire une histoire ?

Alors partez de ce principe : qu’est-ce que je voudrais lire ? (et par ailleurs, lisez. Beaucoup. De tout si possible. Vous aurez besoin de ce bagage pour vous en sortir et pour comprendre comment avance une histoire, pourquoi on aime/déteste un personnage, qu’est-ce que vous trouvez agaçant histoire de ne pas faire la même chose, etc…)

* Fuyez l’effet « Petit routard »

Bon ! Vous avez votre motivation, vous savez à peu près ce que vous voulez écrire, et ça tombe bien car ça fait 10 ans que vous travaillez à l’élaboration d’un univers riche et complexe, avec des dieux, des démons, des artéfacts sacrés et maudits et des lieux magiques aux noms imprononçables parce que oui, vous avez inventé toute une langue pour votre monde fictif. Et bien j’ai une mauvaise nouvelle : avoir un univers riche n’est pas suffisant. Je ne dis pas que ce n’est pas intéressant, mais moi je veux lire une histoire, pas un guide Michelin. Et c’est là une des erreurs que font le plus souvent les auteurices en herbes (souvent dans le genre fantasy, mais pas que). Nous sommes là pour lire une histoire, celle d’un ou plusieurs personnages. Oui, il existe des épopées qui racontent tout un monde, mais cela demande de l’expérience et pour un premier roman, ce n’est pas une bonne idée de se lancer là dedans. Commencez par apprendre à cuisiner des choses simples, puis au fur et à mesure de votre expérience, vous aurez le bagage nécessaire pour créer cette histoire sur 15 tomes sur la création du monde par les Glawdüüür’hann (à prononcer en mawlÆßö ancien, s’il vous plaît).

Je résumerais ce conseil grossièrement comme ça : L’univers est là pour servir l’histoire, et non l’inverse. Brodez votre univers autour de vos personnages en fonction des besoins du scénario.

* Ne considérez pas la nouvelle comme un entraînement au roman

Gardez à l’esprit que la structure de la nouvelle et celle du roman sont totalement différentes. La façon de présenter les personnages, l’univers, le déroulement, la chute… Tout est différent. D’un côté on a de pâtisserie moléculaire, et de l’autre de la cuisine en cuisson basse température. La nouvelle est un genre à part entière et si c’est un exercice que je conseille car il peut vous faire progresser dans votre style et vos tournures de phrases (en plus d’être un style que j’adore), je ne conseille jamais de voir la nouvelle comme un « un roman mais en plus court, faites-vous la main dessus ». Non.

* Ne sous-estimez pas l’expérience des fan-fiction

Vous voulez vous entrainer pour un roman ? Alors écrivez des fan-fiction. Mais si, vous savez, ces histoire où on prend un personnage d’un univers qu’on aime bien et on lui fait faire pleins d’autre choses (non pas ça, vous êtes dégoûtants). Attention, voyez bien cela comme un entraînement et non une fin en soi (ne serait que parce que votre matériau de base ne vous appartient pas). Vous verrez que rapidement ça vous donnera envie d’écrire votre propre personnage dans votre propre univers.

* Le stylo se tient la pointe qui écrit sur le bas, en contact avec le papier.

Parce que quitte à enfoncer des porte ouvertes, autant le faire jusqu’au bout.

Écrire un livre, c’est difficile, long et compliqué. Souvent, on n’aime pas écrire, mais on aime avoir écrit. Je ne fais ici que réagir à certains propos et vraiment, je ne me considère pas comme légitime à coatcher des personnes qui veulent se lancer. Je suis autodidacte, et pire, je suis jardinière. Alors les conseils de construction d’intrigue, il va falloir les chercher ailleurs (par contre j’ai une super recette de brioche). Mais si je devais vous donner un seul vrai conseil sur l’écriture, ça serait celui là : Méfiez-vous de celleux qui vous affirmerons qu’écrire est facile, qu’il n’y a pas besoin de contenu ou de connaissances et qui donnent des conseils de façon péremptoire. En somme : méfiez-vous des conseils d’écriture.

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